Bienvenus !

Tous les ans, en septembre, les bibliothécaires du Cantal se réunissent afin d'échanger
sur certaines problématiques professionnelles.
Entre deux journées, une veille documentaire axée sur le numérique et les bibliothèques
est publiée sur ce blog.

lundi 23 avril 2012

Journée d’étude Couperin e-books 2012 – Atelier juridique

Journée d’étude Couperin e-books 2012 – Atelier juridique:
from Marlene's corner

Troisième et dernière partie du compte-rendu de la journée e-books Couperin, consacrée à l’atelier juridique (voir la première partie sur les retours d’expériences, la deuxième partie sur le signalement).

Intervenants : Sébastien Respingue-Perrin, SCD Paris Dauphine et Dominique Rouillard, BPI
A l’origine de la loi sur le prix unique du livre numérique, il y a une demande des éditeurs pour une décote du prix, afin que l’achat d’un livre numérique soit plus attractif, et stimule le développement d’une offre francophone. Au début de la discussion (2008-2010) , le livre numérique c’est le livre homothétique.  En isolant le segment éditorial du livre numérique, on peut mieux encadrer sa diffusion. La baisse de la TVA à 7% (depuis le 01/01/2012) permet d’aligner la taxation du numérique sur celle du papier (entrée en vigueur au 01/04/2012).
Qu’est-ce qu’un livre numérique  ?
La question se pose très pragmatiquement ; en effet, il existe à l’heure actuelle 2 définitions réglementaires fiscales différentes du livre électronique :
- Celle de la loi 2011-590 du 26 mai 2011, dite “loi PULN” : “La présente loi s’applique au livre numérique lorsqu’il est une œuvre de l’esprit créée par un ou plusieurs auteurs et qu’il est à la fois commercialisé sous sa forme numérique et publié sous forme imprimée ou qu’il est, par son contenu et sa composition, susceptible d’être imprimé, à l’exception des éléments accessoires propres à l’édition numérique”, définition détaillée dans le décret d’application 2011-1499“Les éléments accessoires propres à l’édition numérique mentionnés [...] s’entendent des variations typographiques et de composition, des modalités d’accès aux illustrations et au texte telles que le moteur de recherche associé, les modalités de défilement ou de feuilletage des éléments contenus, ainsi que des ajouts de textes ou de données relevant de genres différents, notamment sons, musiques, images animées ou fixes, limités en nombre et en importance, complémentaires du livre et destinés à en faciliter la compréhension.”
- Celle de l’article 278bis du Code Général des Impôts, qui fixe le taux de TVA applicable, précisée dans le rescrit fiscal n°2011/38, qui ignore toute référence aux “éléments accessoires” enrichis du décret.
Toute la question est de savoir si le livre numérique est considéré fiscalement comme un livre (avec une TVA à 7%) ou comme un service (avec une TVA à 19.6%) : les définitions, on l’a vu, sont floues voire contradictoires en ce qui concerne les “oeuvres multimédia”, envisagées par le décret mais exclues selon le rescrit – dans ces termes, quid du livre enrichi ? Ou des “sites compagnons” adossés aux manuels ?
Qu’est-ce qu’un prix unique ?
Le prix unique est un prix public : tout détaillant vendant à un acheteur établi en France a l’obligation de vendre à un prix affiché (pour les institutions, des barèmes détaillant le contenu des offres doivent être accessibles). Il amène plus de transparence (mais les fournisseurs vont-ils jouer le jeu et proposer des offres diversifiées ?), et est opposable (on peut s’y référer en cas de désaccord).
Le prix unique n’est pas un prix fixe : il peut varier en fonction des offres commerciales (offres groupées vs vente au titre), mais il est non négociable. Il existe cependant une possibilité de réintroduire une part de négociation pour les bibliothèques  : en effet, la loi prévoit une exception permettant de conserver une ouverture pour les négociations, à la condition que les offres concernent des ouvrages acquis dans un cadre de recherche ou d’enseignement supérieur d’une part, et qu’ils soient intégrés dans des plateformes hébergeant d’autres types de contenus d’autre part. Les 2 conditions doivent être remplies : ainsi, les fournisseurs ne proposant que des livres numériques, même s’ils sont spécialisés dans l’édition universitaire, sont désormais soumis au prix unique.  Cette exception, si elle paraît positive pour les BU et les bibliothèque de recherche, met les bibliothèques de lecture publique dans une situation inconfortable, déjà dénoncée dans ce communiqué de l’IABD.
Comment situer le livre électronique dans les marchés publics  (quel périmètre) ?
Jusqu’ici, l’accès aux ressources numériques reposait sur le paiement d’un surcoût, s’ajoutant au prix des ressources imprimées, ce qui permettait (en théorie) de rester en dessous des seuils de passation de marchés publics formalisés.
Avec le PULN, on rencontre finalement les mêmes difficultés qu’avec le livre papier : la mise en concurrence des fournisseurs se fait par rapport aux services supplémentaires proposés (qui doivent être identifiés et valorisés économiquement), car le critère prix devient inopérant. A cela s’ajoute le fait qu’il ait peu d’acteurs économiques sur le marché, ce qui n’incite pas les fournisseurs à proposer des tarifs avantageux pour les bibliothèques.
Comment articuler les offres négociées dans le cadre d’un marché public ?
Avant le PULN, on pouvait imposer au fournisseur la gestion des offres consortiales. Avec le PULN, ce n’est plus le cas, ce sont les services associés qui représentent la marge de manoeuvre sur laquelle va porter la négociation. Du coup la “remise Couperin” disparaît, puisqu’elle est censée apparaître dans le barème public de l’éditeur. L’enjeu devient vraiment de faire rentrer les usages propres aux bibliothèques (conditions de prêt, possibilités d’impression…) dans la négociation pour arriver à adapter le tarif aux besoins – d’où l’importance de définir finement en amont lesdits besoins, en tenant compte des usages des lecteurs et de l’offre éditoriale.
Quel est le rôle de la licence dans un marché ?
La licence n’est pas contractuelle dans un marché, c’est dans le cahier des charges que sont définis les usages et fixées les conditions, ce qui est un avantage. Le marché doit également préciser les droits d’exploitation minimum qui sont dévolus à l’établissement :  le livre numérique est une œuvre de l’esprit, soumise aux droits des auteurs et des ayant-droits, or la diffusion en bibliothèque est un droit de représentation, il convient donc de se prémunir contre les situations absurdes dans lesquelles la bibliothèque pourrait acheter des livres numériques mais pas les communiquer à ses lecteurs.
Conclusions
De nombreuses questions restent en suspens :
- Le rôle des consortia apparaît particulièrement bousculé par la loi sur le prix unique du livre numérique, et ce malgré la fenêtre de l’exception recherche… Quel avenir pour les négociations ?
- On a évoqué à plusieurs reprises au cours de la journée le modèle PDA (patron-driven acquisitions), ie les acquisitions déclenchées par les usagers (au bout d’un nombre pré-défini de consultations sur le catalogue de l’éditeur ou de l’agrégateur) : très concrètement, on peut se demander dans quelle mesure ce modèle est réellement “implantable” en France aujourd’hui.
- Va-t-il y avoir convergence des modèles économiques “grand public” et institutionnel ?
- Quid des  offres qui ne rentrent pas dans les cases prévues par la loi ? (par exemple la Bibliothèque numérique Dalloz, qui propose un bouquet d’ebooks localisé sur la même interface que les bases de données et les revues du même éditeur, mais qui est commercialisé séparément)
- Comment faire cohabiter différents types de documents (livres enrichis, sites compagnons, livres homothétiques) dans les collections, dans le respect des règles de l’achat public ?
- La notion de droit de prêt des livres numériques reste encore assez floue aux Etats-Unis (ex. de MacMillan qui oblige au rachat d’un exemplaire au bout de x consultations), elle est quasi-inexistante en France : certains pionniers de l’édition numérique ouvrent des pistes, on aimerait que les “gros” éditeurs s’y mettent aussi…
[Photos : thinkretail, neilio]

Classé dans:Confs & journées d'études, e-book

Journée d’étude Couperin e-books 2012 – Atelier signalement

Journée d’étude Couperin e-books 2012 – Atelier signalement:
from Marlene's corner

Deuxième partie des compte-rendus de la journée e-books organisée par Couperin : l’atelier sur le signalement des ebooks (voir la 1ère partie).
Valoriser ses livres électroniques : Caroline Bruley, Mariette Naud-Betteridge
Beaucoup de questions dans cet atelier, nécessaires à la réflexion à mener pour tout projet de signalement des ressources électroniques, à mon avis, mais d’autant plus essentiel pour les livres numériques, dont l’usage reste marginal pour l’instant.
Comment signaler : titre à titre ou bouquet ? Dans le catalogue ou dans un autre outil ? Dans le monde physique ou seulement par voie électronique (réseaux sociaux…) ?
Consensus actuellement sur le fait de tout mettre dans l’OPAC, mais quelle est la réelle valeur ajoutée ?
Doit-on regrouper le papier et l’électronique ? Comment cataloguer (question de la qualité des données fournies par l’éditeur) ? Quid des tablettes et smartphones ?
Présence physique : rappeler l’existence de l’électronique sur les supports papier ?
Comment mesurer l’impact de ces actions de valorisation ?
Signaler dans l’OPAC / le SIGB
SUDOC : le signalement ne va pas de soi : 2 bouquets seulement (Springer et Que sais-je?), et problèmes de mises à jour des bouquets : la question n’est pas réglée par l’ABES, qui travaille cependant à l’élargissement à d’autres bouquets. Une solution envisagée par l’ABES serait de supprimer les exemplaires créés automatiquement puis de réexemplariser tout le monde en se basant sur une liste de ppn valides. C’est un pis-aller, qui ne règle absolument pas la question de la mise à jour des données (à quand une base de connaissance nationale ? #jdcjdr…)
Pour recenser les titres électroniques, plusieurs solutions différentes ont été adoptées par les bibliothèques :
- Signalement complet dans le Sudoc puis localement (très lourd dans la mise en place et dans les mises à jour) ; possible dans le cas d’une collection modeste.
- Signalement “light” : notices succinctes
- Récupération de notices auprès de l’éditeur (service payant ou gratuit selon les éditeurs), mais pas forcément pratique à intégrer dans le catalogue (problèmes d’encodage par exemple).
Bref on fait comme on peut, et selon les bouquets, plusieurs solutions peuvent cohabiter en fonction de l’offre. Beaucoup de bricolage, pas de solution parfaite.
Signaler sur le site web et l’ENT
Page dédiée dans l’ENT à St Etienne, signalement régulier dans les actualités à Lyon 2
Signaler sur les réseaux sociaux
Facebook : page dédiée pour la bibliothèque numérique à Grenoble 1
Signaler via les listes de diffusion
Mailing auprès des contacts dans les labos, newsletter, liste sur inscription, infos envoyées 2 fois par mois, collant à l’actualité
Rematérialisation
Matérialisation dans les rayonnages : sous la forme de flyers (cadres plexi), d’affiches, de fantômes (pour certains types de documents, les manuels notamment), de QR codes sur les exemplaires papier à Lyon 2 (déjà utilisé pour les revues électroniques avec succès), d’autocollants. Les QRcodes comportent des liens vers la notice, mais il n’est apparemment pas possible de lier vers le texte intégral (frein), possibilité de créer des url authentifiées (Paris 5 l’a fait pour Cairn). Et ça marche dans les 2 sens : papier > électronique et électronique > papier.
En résumé, le signalement doit se faire partout, tout le temps. Nécessité de former les usagers, mais aussi les agents (pour répondre aux questions concrètes des usagers) – les établissements ayant répondu témoignent d’une forte demande des agents pour des formations récurrentes. Il faut veiller à ne pas introduire une autre fracture numérique dans les équipes (qui engendrerait des difficultés en terme de management) ; il est important d’impliquer les mêmes personnes pour les achats de livres papier et de livres électroniques.
Retour d’expérience à l’EPFL (T. Guignard)
Cette école d’ingénieurs suisse propose une offre de 40 000 ebooks en sciences de l’ingénieur. L’anglais n’est pas un problème, car présent dans les cursus.
Démarrage en 2005 : signalement par une liste indépendante du catalogue.
2006 – 2011 : catalogue collectif sur lequel l’école n’a pas de maitrise ; d’où le développement d’une base locale pour signaler tous les ebooks (sur FileMakerPro). Mises à jour par lot, avec les listes de titres fournies par les éditeurs (retravaillées avant intégration). Inconvénients : l’usager doit choisir le support avant de lancer sa requête, et pas de lien entre les bases.
Solution de tout mettre dans l’opac :
Possible d’intégrer des notices MARC en masse, mais nécessite de modifier toutes les notices à la main (catalogue collectif). Les titre à titre sont catalogués à la main, ainsi que les titres les + demandés. Travail avec un plugin firefox qui permet de repérer les ebooks : pratique mais problème d’utilisation avec les ISBN multiples, et nécessite l’installation du plugin.
Solution des Discovery tools :
Tests grandeur nature en 2011 de 4 outils de découverte du marché : Ebsco Discovery Tool, Summon, Primo, Worldcat local : grosse déception, en raison des données incomplètes, des bases de connaissances pas à jour (+ de 6 mois de retard), de la perte de données locales, du manque de liens vers l’OPAC, de l’absence de dédoublonnage.
Solution adoptée :
GoogleScholar + Swissbib (métacatalogue basé sur Worldcat, moissonne les catalogues des BU de sciences de Suisse) : correspond mieux aux attentes.
La base de données locale est en train d’évoluer, le développement d’un outil commun avec l’UNIL est en cours.
Mais il faut être vigilant sur les points suivants : la séparation des bases n’est pas une solution acceptable (intégration d’une base d’articles pour émuler les fonctionnalités type discovery tool), et le mélange entre livre / livre élec / article ne fonctionne pas pour les utilisateurs (au niveau des résultats, il faut séparer livres et articles).
A cette solution s’ajoutent :
- le signalement dans les nouveaux média : twitter, rss, diigo (ciblage par domaines)
- des actions de rematérialisation : affichage dans les rayonnages, QR codes collés sur les ouvrages
TG souligne l’importance de mesurer les usages de ces outils (encodage des QR codes de façon à pouvoir les repérer dans les stats), même s’il n’est pas facile d’évaluer l’impact de cette valorisation (les outils et mesures changent).
[Photos : Stig Nygaard, timtom.ch]

Classé dans:Confs & journées d'études, e-book

Journée d’étude Couperin e-books 2012 – Intro et retours d’expérience

Journée d’étude Couperin e-books 2012 – Intro et retours d’expérience:

from Marlene's corner

Le consortium Couperin a organisé sa journée sur les e-books cette année sur le thème de “L’intégration du livre électronique dans l’écosystème de l’établissement“. J’ai été invitée, avec mon compère Gaël Revelin, à faire un compte-rendu de cette journée.
Keynote : Hervé Le Crosnier
Chez Couperin, on ne se refuse rien ;-) : c’est Hervé Le Crosnier himself (ses cours, sa maison d’édition) qui était invité en tant que grand témoin pour introduire et conclure la journée.
La question fondamentale, qui est revenue à plusieurs reprises au cours de la journée, est celle de la nature du livre numérique, de sa définition : “qu’est-ce qu’un livre numérique ?”.
HLC a évoqué plusieurs des problématiques liées au livre numérique :
- Transformation du média précédent (le livre numérique n’est pas forcément en concurrence avec ce qui va rester du livre papier)
- Secteurs privilégiés (domaine public, manuels, livres expérimentaux (publie.net, “l’homme volcan” de M. Malzieu), livres auto-édités)
- Manque de normalisation (parallèle avec la “guerre des navigateurs”, maintenant c’est la “guerre des liseuses”) alors que l’interopérabilité est et sera de plus en plus une nécessité
- Modèles économiques : avant de s’intéresser aux utilisateurs, on se préoccupe des modèles économiques et on légifère (PULN) – alors qu’on n’en sait pas assez sur le livre numérique pour pouvoir fixer des règles intangibles, les modèles actuels sont forcément transitoires.
- Question du prêt des livres numériques : Amazon dit oui, et se prétend ainsi bibliothèque. Or la bibliothèque c’est aussi la garantie de la pérennité des collections, le libre choix des modes de consultation des contenus, l’assurance de l’anonymisation des usages. La chronodégradabilité mise en oeuvre via les DRMs renvoie à la perte de confiance du système de diffusion des savoirs vis à vis du lecteur (lecteurs = voleurs de la culture)
In fine, HLC préconise de garder à l’esprit les fondamentaux du métier de bibliothécaire : la constitution de collections, avec la liberté de choisir en fonction de son public, et la diffusion des savoirs pour former des citoyens éclairés. Il est avéré que la gratuité favorise l’émancipation ; reste à inventer un nouveau modèle prenant en compte le partage. On a des fondamentaux et de l’imagination : ne nous bridons pas.
Retour d’expériences : Université du Havre, Pierre-Yves Cachard
Cette petite université pluridisciplinaire (7000 étudiants) mène depuis 2009 une politique de développement des ressources numériques 24/24. Les objectifs sont multiples : renouveler l’offre de services du SCD, renforcer la politique d’exemplaires, constituer une bibliothèque numérique de niveau Master. Un financement de 10 000 euros (sur 3 ans) a permis d’impulser le projet ;  l’offre se compose aujourd’hui de 1000 livres numériques. La direction a fait le choix de l’intégration en terme de modèle économique,  de ressources humaines et de signalement : l’achat titre à titre permet d’insérer les livres numériques dans la politique documentaire (l’acquéreur qui choisit d’acheter le livre sous forme papier ou électronique), ceux-ci sont traités par les personnels référents dans les disciplines, et pas par des personnels dédiés ; tous les titres sont signalés dans le catalogue (pas de lien vers la plateforme éditeur ou agrégateur). Des priorités d’acquisition ont été définies : pas d’achat si le livre numérique est une édition antérieure à celle disponible au format papier, et soutien des disciplines faiblement représentées. 2 plateformes ont été retenues : Numilog et Dawsonera.
L’augmentation du budget de livres numériques (8% du budget documentaire global en 2010) se fera au détriment du budget papier. Ce qui va avoir pour conséquence, à terme, une baisse des prêts, et une baisse du travail pour les agents (moins d’équipement, moins de classement), d’où la nécessité de repenser les missions. Ceci dit, il semble qu’il y ait quand même une certaine marge avant d’en arriver là : en effet, les usages ne sont pas encore vraiment au rendez-vous, et les consultations restent faibles par rapport à l’investissement budgétaire (et c’est rien de le dire).
Plusieurs freins au développement du service sont constatés : le prix d’achat (il est scandaleux que le prix du livre numérique soit plus cher que celui du livre papier), le taux d’équipement des étudiants (tablettes en France = 4% ; mais à relativiser avec les smartphones, très présents, sur lesquels on lit aussi), la forme électronique (on se contente de reproduire le format papier, alors qu’on pourrait développer des contenus enrichis, qui seraient bien plus attractifs), les modèles hétérogènes (les droits de prêt diffèrent selon les plateformes), la nécessité d’opérer un choix sur le format (ce n’est pas à la bibliothèque ni à l’éditeur de choisir le format de lecture, le lecteur doit pouvoir lire les documents sur le contenant de son choix), la masse critique difficile à atteindre pour les livres en français (le livre numérique représente 10% de la production française, soit environ 80 000 ouvrages), l’embargo sur les éditions récentes, l’ergonomie d’usage (contraintes techniques de Numilog, par exemple).
Pour y remédier, le SCD a élaboré un plan d’action pour les personnels : prêt de tablettes, formation de tous les agents, diffusion d’une lettre d’information spécifique. Des actions sont également prévues en direction du public  : des ateliers de formation, la mise en avant des collections numériques sur le site web des bibliothèques, l’ouverture des catalogues pour susciter le déclenchement de l’achat par les lecteurs (Patron-Driven Acquisitions, PDA), l’intégration dans les plateformes pédagogiques, la programmation d’un cycle de conférences sur les initiatives menées autour des interfaces de livres électroniques, l’acquisition d’un outil de découverte pour améliorer les possibilités de recherche, la mise en place d’un “salon de lecture numérique” orienté sur les thèmes d’actualité.
Retour d’expériences : Sciences Po Paris, Stéphanie Gasnot
Plusieurs problématiques : une offre faible et une demande forte, des contraintes d’achat en tant que Cadist (question de la conservation). Démarrage en 2008 avec une offre de 77 titres sur une plateforme anglophone. Diversification de l’offre en 2010-2011 (ajout de livres en français). 2012 : 3000 livres électroniques. La visibilité de l’offre a été améliorée par le signalement dans le sudoc (exemplarisation automatique) dans un premier temps, mais la volonté de cataloguer les ebooks dans le sudoc a été revue à la baisse (problème de la mise à jour des données), et les livres électroniques sont désormais catalogués uniquement en local.
Modèles économiques : la bibliothèque a fait le choix d’un mix entre bouquets et achat titre à titre : EBL (possibilité de faire des suggestions d’achat), Palgrave connect et Oxford schlarship online (no DRM), Taylor & Francis (développement du titre à titre mais DRM) ;  Cairn et L’Harmathèque pour les livres francophones. Les livres électroniques bénéficient d’un budget dédié, en augmentation (53000 euros en 2012). La bibliothèque a fait le choix de rationaliser les acquisitions papier et électronique : les Que sais-je ? et les Repères ne sont plus achetés en version imprimée. En terme d’usages, c’est la plateforme Cairn qui arrive en tête, particulièrement pour les ouvrages de recherche (dont un grand nombre est édité aux Presses de Sciences Po, ce qui en fait du contenu particulièrement adapté au public visé).
Plusieurs questions restent ouvertes pour la bibliothèque :
- La problématique spécifique aux achats dans le cadre du CADIST n’est pas réglée : les livres électroniques, dans les conditions de vente actuelles, ne correspondent pas aux critères de diffusion et de pérennité exigés ; peut-être que les licences nationales et ISTEX seront un moyen d’y remédier.
- Le développement du modèle d’achat « pick & choose » permet plus de marge de manœuvre dans la gestion de la politique documentaire, mais multiplie les points d’accès, ce qui complexifie la navigation en l’absence d’un moteur de recherche fédérée.
- Les possibilités offertes par le PDA interrogent la politique documentaire : que reste-t-il du rôle du bibliothécaire et de la notion de collections ?
HLC : 3 remarques :
- La question de l’ergonomie paraît centrale. Il n’y a pas de raison que ce ne soit pas aussi simple avec l’électronique qu’avec le papier. Plateforme = web et pas livre. Il faut prendre en compte les besoins ergonomiques du lecteur.
- Les bibliothèques sont les principaux acheteurs du livre numérique, et elles en font l’acculturation auprès de leurs publics = ce n’est absolument pas pris en compte par les éditeurs, qui ne devraient pas pratiquer des tarifs aussi élevés pour les bibliothèques.
- Les plateformes font écran par rapport au livre, d’où l’intérêt du signalement au catalogue.
[Photos : CamilleStromboni, Knowtex]

Classé dans:Confs & journées d'études, e-book

La Culture doit-elle être libre et gratuite ?

La Culture doit-elle être libre et gratuite ?:

from S.I.Lex

Mardi soir,  le magazine Usbek et Rica organisait une conférence à la Gaîté Lyrique sur le thème de “La Culture doit-elle être libre et gratuite ?“. Il s’agissait de la cinquième édition du Tribunal pour les générations futures, dont voici le pitch :
Parce que l’avenir n’est pas encore mort, nous avons plus que jamais besoin de l’explorer ! Chaque trimestre, accusé, procureur, avocat, témoins et jury populaire statuent sur un enjeu d’avenir… pour identifier les bouleversements d’aujourd’hui et les défis de demain.
La culture doit-elle être libre et gratuite ? La philosophie hacker dessine une nouvelle société du partage, dans laquelle la culture doit trouver un modèle économique à la fois stable et ouvert. Militants du libre et représentants des industries culturelles seront là pour en débattre, dans ce nouveau Tribunal pour les générations futures.
Le principe de ces soirées est qu’un jury, composé de personnes choisies au hasard dans la salle, est invité à se prononcer sur une question à l’issue du réquisitoire d’un procureur, de la plaidoirie d’un avocat et de la déposition des témoins.

J’ai eu le grand honneur d’être invité à participer comme avocat à cette séance,  tandis qu’Eric Walter, secrétaire général de l’Hadopi, s’est exprimé en qualité de témoin.
Voici ci-dessous la plaidoirie que j’ai prononcée à cette occasion, en faveur de la Culture libre.
A vous de juger à présent, sachant qu’à la question posée à la fin par le président du Tribunal -  “Faut-il punir les internautes qui copient, partagent et diffusent librement sur Internet ?” -,  les jurés ont répondu non, par 3 voix contre 2.

***

Le prix de la liberté

Mesdames, messieurs les jurés. Vous qui représentez ici les générations futures.
Vous vous souvenez sans doute de la campagne de spots vidéo, lancée l’été dernier par Hadopi pour promouvoir son label PUR. On y voyait notamment la chanteuse Emma Leprince, cartonnant avec son tube “I prefer your clone” dans les années 2020. Un flashback nous ramenait au temps présent et nous montrait Emma Leprince petite fille, chantant dans sa chambre. Une voix off énonçait alors que sans Hadopi, la fillette ne pourrait jamais devenir artiste. Suivait ce slogan : “Hadopi : la création de demain se défend aujourd’hui”.

C’est donc vous, générations futures, qui étaient invoquées et utilisées pour promouvoir le système de protection des oeuvres mis oeuvre par Hadopi.
Le raisonnement sous-jacent était le suivant : le téléchargement illégal et les autres formes de piratage représentent un mode d’accès gratuit à la culture qui lèse les artistes en les privant des revenus liés à la vente de leurs oeuvres. En les privant des moyens de subsister, cette gratuité met en danger les créateurs et l’avenir de la création. Avec le risque à terme que la création culturelle disparaisse et qu’il n’y ait plus ni livres, ni films, ni musique.
Je ne suis pas d’accord avec cette conception et je vais essayer de vous le montrer, mais je reconnais que cette question de l’avenir de la création mérite d’être posée. C’est même sans doute la question la plus importante à laquelle nous ayons à faire face dans le débat actuel sur le droit d’auteur et le partage des oeuvres en ligne.
Car c’est sur elle que les générations futures nous jugeront.
La culture doit-elle dès lors être libre et gratuite ? Je reformulerai plutôt la question ainsi : si la culture était libre et gratuite, aboutirait-on à une mise en danger et à une mort de la création ?
Je vais répondre en juriste, mais avant tout, il est nécessaire de clarifier les termes du débat, à cause de l’ambiguïté des mots libre et gratuit. En anglais, le terme free peut renvoyer à ces deux termes indistinctement, alors qu’en français, ils recouvrent deux réalités profondément différentes.
Beaucoup de choses sont gratuites sur Internet, mais peu sont réellement libres. Je peux lire certains articles gratuitement sur le site du Monde ou de Libé : les contenus sont librement accessibles, mais ils ne sont pas libres. Je peux écouter de la musique en streaming gratuitement sur Deezer ou Spotify, même sans prendre d’abonnement, mais il ne s’agit pas de musique libre. Ces exemples montrent que la gratuité est un modèle économique à part entière, qu’elle serve à dégager des recettes publicitaires ou s’articule avec des formules de freemium. La plupart des géants du Net ont construit leurs empires sur la gratuité. On peut utiliser gratuitement le moteur de recherche de Google et tous les outils que la firme met à notre disposition : Google Maps, Google Docs, Gmail, etc. Les réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter, sont gratuits. Mais il s’agit là d’une “fausse gratuité”, car les utilisateurs “payent” ces services en leur fournissant des données personnelles ou des contenus, ensuite marchandisés. La gratuité n’est pas toujours synonyme de liberté, loin de là.
En revanche, il existe des choses qui sont réellement libres et gratuites sur Internet, comme par exemple Wikipédia. L’encyclopédie collaborative est gratuite, mais elle est surtout libre et cette liberté provient de la licence libre (Creative Commons CC-BY-SA) sous laquelle elle est placée. En vertu de cette licence, il est possible de modifier et de réutiliser gratuitement les contenus de Wikipédia, y compris à des fins commerciales, à condition de citer la source, de créditer les contributeurs et de partager les contenus sous la même licence.
Cette forme particulière de liberté est d’abord née dans le monde du logiciel libre, pour  être ensuite élargie aux autres champs de la création et à tous les types d’oeuvres pouvant être protégées par le droit d’auteur. Le fonctionnement des licences libres renverse la logique traditionnelle du copyright. Au lieu de poser des interdictions (“Tous droits réservés”), les licences libres permettent aux auteurs de donner a priori des libertés aux utilisateurs pour certains usages, normalement soumis à autorisation : reproduire, représenter, modifier, etc.  Des licences comme les Creative Commons permettent en outre aux auteurs de maintenir certaines interdictions, comme celle de l’usage commercial ou de la modification, afin de conserver un contrôle plus étroit sur leur création.
Mais dans les cas couverts par la licence, l’usage est bien libre et gratuit. C’est le cas pour plus de 200 millions de photographies sur Flickr et plus de 10 millions de fichiers sur Wikimedia Commons.
Ces exemples prouvent que la culture PEUT être libre et gratuite, dès maintenant, si les auteurs font le choix d’utiliser les licences libres. Il existe d’ailleurs tout un pan de la création contemporaine – la Culture libre – qui s’est constitué en utilisant ces licences. C’est le domaine du Remix, du Mashup, de la réutilisation et de la dissémination des oeuvres, qui constitue le propre de la culture Web.
Mais générations futures, je vous entends m’adresser une objection : ces licences conviennent sans doute aux amateurs pour diffuser leurs créations, mais quid des professionnels qui voudraient en tirer revenu. Comment Emma Leprince pourrait-elle devenir une artiste si elle place ses chansons sous licence libre ?
Même si on peut comprendre ce type de réticences, l’argument en réalité ne porte pas, car il existe d’ores et déjà des créateurs qui ont réussi à construire des modèles économiques convaincants en utilisant des licences libres, et ce dans tous les domaines.
C’est le cas pour les livres avec Cory Doctorow, qui offre depuis longtemps ses ouvrages sous licence libre en ligne, mais vend (et fort bien) les même livres en papier. En matière de musique, il existe une Emma Leprince en Australie, nommée Yunyu, qui a réussi à percer en plaçant certains morceaux de ses albums sous licence libre, afin que leur circulation lui assure un marketing viral. C’est le cas également pour le cinéma avec le succès l’an dernier du film d’animation El Cosmonauta du producteur indépendant espagnol Riot Cinéma. Dans la photographie, Jonathan Worth, exposé à la National Portrait Gallery, diffuse ses clichés en ligne sous licence Creative Commons.

La culture peut être libre ; elle peut même être gratuite, mais des modèles économiques viables peuvent être construits, fondés sur la valeur du partage. Car contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le partage donne de la valeur aux oeuvres, au lieu de les dévaloriser.
Un exemple qui le prouve est celui de Yann Arthus Bertrand, qui a choisi de diffuser gratuitement son film Home sur Internet, ce qui n’a pas empêché de rencontrer le succès pour la projection en salles et pour la vente de DVD. Au contraire, c’est PARCE QUE son oeuvre avait été diffusée gratuitement et partagée qu’elle avait acquis une valeur qui a pu ensuite être monétisée.
La culture peut donc être libre et gratuite, grâce aux licences libres. Ce n’est pas exclusif de la mise en place de modèles économiques innovants et rémunérateurs et il vous appartiendra, générations futures, de vous emparer de ces outils pour construire la culture libre de demain.
Mais la question qui nous était posée n’était pas la culture PEUT-elle être libre et gratuite, mais la Culture DOIT-elle être libre et gratuite, ce qui est différent. Elle implique que la gratuité soit appliquée comme un principe général, au-delà du cercle des artistes décidant d’utiliser les licences libres.
Cette généralisation peut paraître problématique, mais à cause du discours ambiant qui culpabilise la gratuité et le partage, on a tendance à oublier que la culture EST déjà dans de nombreuses hypothèses libre et gratuite. C’est la loi elle-même qui l’impose, y compris aux titulaires de droits, et c’est absolument essentiel pour préserver nos libertés.
Le premier exemple de gratuité et de liberté consacrées par la loi, c’est celui du domaine public. Car le droit d’auteur n’est pas une propriété comme les autres : elle est limitée dans le temps et 70 ans après la mort de l’auteur, l’oeuvre entre dans le domaine public. Il est alors possible de la reproduire, de la représenter et de l’exploiter, gratuitement et librement (moyennant le respect du droit moral).
Le domaine public est un moteur essentiel pour la création, car bien souvent, on créée en s’appuyant sur ce qui existe déjà : Bach empruntait des airs populaires traditionnels pour composer ses morceaux ; que serait Picasso sans Titien, Vélasquez ou Ingres ? ; Led Zeppelin a révolutionné le rock en réinterprétant des standards du blues, etc.
La création de demain se protège aujourd’hui, nous dit Hadopi. Mais il est tout aussi important de protéger le domaine public pour défendre la création de demain, afin de permettre aux générations futures de s’appuyer sur la création d’hier et d’y puiser leur inspiration.

Or pourtant, le domaine public est sans cesse menacé par le lobbying des industries culturelles qui réclament et obtiennent du législateur une extension de la durée des droits. Le Parlement européen vient d’accepter que les droits voisins des interprètes et des producteurs de 50 à 70 ans.
Nous venons de fêter les 100 ans de la naissance de Robert Doisneau, mais son oeuvre va rester protégée jusqu’en… 2065, l’auteur étant mort en 1994. Cela signifie que de mon vivant, je ne verrai jamais entrer dans le domaine public le Baiser de l’Hôtel de Ville, pourtant réalisé en 1950, il y a plus de 60 ans. Et peut-être vous aussi, générations futures, ne le verrez-vous jamais entrer dans le domaine public, si la durée des droits est encore allongée, comme on peut le craindre !
La culture EST-elle libre et gratuite ? Oui, grâce au domaine public, mais aussi grâce aux exceptions au droit d’auteur.
Nous pouvons par exemple heureusement faire gratuitement de courtes citations d’oeuvres, mais ce n’est possible qu’en vertu d’une exception au monopole de l’auteur. Nous pouvons écouter les CD et DVD que nous achetons chez nous (encore heureux !), mais là encore, ce n’est possible que parce qu’existe une exception pour les représentations dans le cadre du cercle de famille. Les handicapés visuels peuvent obtenir en France gratuitement des oeuvres adaptées, en gros caractères ou en braille, parce qu’une exception le leur permet.
Un monde dans lequel ces exceptions n’existeraient pas serait une dystopie digne d’Orwell ou de Bradbury. Combien nos libertés seraient fragilisées s’il nous fallait payer pour faire de simples citations ou pour chaque écoute de musique en privé ! Et pour supprimer la gratuité de l’exception handicapés, faudrait-il instaurer une taxe sur les cannes blanches et les lunettes noires !
Grâce aux exceptions au droit d’auteur, la culture EST donc libre et gratuite, et il est essentiel qu’il en soit ainsi.
Un dernier exemple va nous permettre de revenir à l’environnement numérique.
Dans le monde physique, je peux tout à fait librement et gratuitement donner un livre qui m’appartient à la personne de mon choix. Comme cet acte n’implique aucune copie, ni aucune représentation, le droit d’auteur n’a absolument rien à dire à ce sujet et les titulaires de droit ne peuvent en aucune mesure s’y opposer.

Cette forme de partage gratuite de la Culture joue un rôle essentiel. Combien de livres avez-vous découvert grâce à un ami ou à un conjoint qui vous les ont prêtés ou donnés ?
Dans l’environnement numérique cependant, cette faculté de partage est réduite à néant. Le même ouvrage sous forme numérique ne peut être envoyé par mail à un ami, car cet acte implique nécessairement une copie et une représentation. Il est donc contraire au droit d’auteur et c’est ainsi que le partage est devenu piratage.
Or pour vous, générations futures, il arrivera sans doute un moment où les livres papier disparaitront, ainsi que tous les autres supports physiques, et où toute la culture prendra une forme numérique. Peut-on accepter que ce passage au numérique ait pour conséquence une réduction tragique de la liberté de partager la culture ?
La culture Doit-elle être libre et gratuite ? La vraie question est de savoir comment nous pouvons préserver pour les générations futures la liberté de partager la culture en toute légalité qui était la notre dans l’environnement physique ?
Et là, je dis que cette liberté a nécessairement un prix et que le partage sous forme numérique ne pourra rester entièrement gratuit, si l’on veut qu’il soit reconnu comme un droit.
Plusieurs modèles ont été imaginés qui permettraient de consacrer le droit au partage dans l’environnement numérique. Ils peuvent prendre des noms et des formes différentes, qu’il s’agisse de la licence globale, de la contribution créative ou du mécénat global.
Tous reposent sur l’idée qu’en échange d’une contribution de quelques euros, prélevée sur l’abonnement Internet, les individus se verraient reconnaître un droit au partage des oeuvres, pour des échanges hors marchés, sans finalité commerciale. Le modèle est celui des échanges décentralisés du P2P ou celui de la diffusion en ligne par le biais des blogs ou des sites personnels. Il ne s’agit en aucun cas des systèmes centralisés à la MegaUpload, qui impliquent nécessairement une transaction commerciale, sous une forme ou une autre.
Ce système consacre une liberté d’échanger la culture et permet de récompenser les créateurs, en fonction du nombre de partages de leurs oeuvres, en leur reversant une part des sommes collectées à partir du surcoût à l’abonnement Internet. L’échange est alors libre tant qu’il s’effectue dans un cadre non commercial, mais même s’il n’est pas payant à l’acte, il n’est pas gratuit, puisque l’internaute doit s’acquitter de ce prélèvement mensuel.
Vous pourriez préférer, générations futures, de continuer à accéder illégalement aux oeuvres, sans avoir rien à payer pour cela. Mais vous devez prendre en considération que cette gratuité a un coût, pour chacun de vous et pour la société toute entière.
Car pour lutter contre le partage des oeuvres, le législateur s’est engagé dans une spirale répressive, qui augmente sans cesse le niveau de la violence d’Etat et fait peser une grave menacesur nos libertés et sur l’intégrité d’Internet. Depuis 20 ans, les textes répressifs s’enchaînent à un rythme alarmant : Traité OMPI sur les DRM, DMCA américain, DADVSI en europe et en France, Hadopi et la riposte graduée, SOPA/PIPA bloqués aux Etats-Unis mais aussitôt remplacés par CISPA, ACTA liberticide négocié dans le secret, mais arrivé aux portes du Parlement européen…

Cette fuite en avant du droit et ces agressions continuelles contre les libertés sont le prix à payer de la gratuité, pour nous et pour les générations futures.
Si l’on veut que le partage devienne un droit reconnu et consacré par la loi, alors il faut être prêt à en payer le prix, qui est celui de la contribution créative. Pour les individus, c’est une somme modeste de quelques euros par mois ; pour les créateurs, c’est une nouvelle manne de plusieurs centaines de millions par an. Pour la société toute entière, c’est le prix d’une paix retrouvée.
Pour qu’il devienne à l’avenir aussi simple de donner un fichier avec un ami que cela l’est avec un livre aujourd’hui.
La question n’est hélas plus de savoir si la culture doit être livre, mais si nous voulons le rester.
Nous et les générations futures.

Classé dans:A propos des libertés numériques, Modèles économiques/Modèles juridiques Tagged: contribution créative, Creative Commons, Culture, Domaine public, droit de prêt, Emma Leprince, exceptions, gratuité, Hadopi, libertés numériques, licence globale, licences libres, livres, riposte graduée

lundi 16 avril 2012

Ah, les politiques publiques !…

Ah, les politiques publiques !…:

L’A.B.F. a placé son congrès 2012 sous le thème “La bibliothèque, une affaire publique“.
En cette période d’élections présidentielles, le sujet est d’actualité. Même si je constate la grande prudence des principaux candidats non sur la question même des bibliothèques (superbement ignorées, mais ça ne me choque pas…), mais sur les questions qui taraudent les bibliothécaires, comme la liberté d’accès à l’information ou une vraie ambition culturelle ou éducative.
Les bibliothécaires posent à juste titre la question publique au cœur de leurs exigences. Publique – si  la bibliothèque releve de pouvoirs publics -  elle l’est par le statut de l’institution, elle l’est également par notre propre statut d’agent public, elle l’est surtout par l’universalité critique du service attentif que nous devons offrir aux membres de la collectivité qui nous gère en tant que professionnels et institutions.
Qu’en est-il des moyens par lesquels l’action s’incarne ? Eux relèvent de la sphère commerciale, qu’ils soient ordinateurs, documents, ou même contractuels et vacataire, même si leur “acquisition” passe par des règles strictes (appels d’offres ou contractualisations). Et si on s’énerve volontiers au sujet des méandres administratifs nécessaires pour obtenir ces moyens, ils sont considérés d’abord comme des auxiliaires (voire comme des contraintes : ah, les méandres des marchés publics ou les règles des recrutements !), non comme des acteurs nécessaires à cette “affaire publique”.

Entre le séculier et le régulier ?
Ce paysage crée un clivage profond entre d’une part  le téléologique (i.e. un statut institutionnel qu’on espère pérenne joint à la tension d’une intention culturelle) et d’autre part le contingent (les bêtes moyens…). Plus encore,, il crée un autre clivage référentiel, entre “ce qui relève de notre mission” et “ce que le contexte institutionnel nous impose”…
Voilà un nouvel avatar de la distinction entre le dedans et le dehors : au dedans les acteurs légitimes et la conviction d’une utilité immanente qui passe toutes les modes et toutes les organisations, au dehors les contraintes apportées, utilisées, voire contournées, des contingences réglant les modalités d’exécution de cette téléologie. On aurait presque  l’impression de remplir une mission “malgré” les injonctions explicites ou tacites.
Parler de politiques publiques ne saurait ignorer cette double dimension de l’intention et de la nécessité. Si les “politiques publiques” sont affirmées impératives tant dans la définition des objectifs de travail que dans leur destination,  on les assène souvent comme un commandement externe, et on les voit comme une contrainte (au même titre que l’obligation des marchés publics). Combien de bibliothécaires se sont indignés de ne pas recevoir le juste appui à leur projet évidemment pertinent !
Ces politiques publiques, lorsqu’elles sont brandies “d’en haut” comme un impératif catégorique gérant nos entreprises, se révèlent redoutables si elles apparaissent plus comme une doxa que comme une exigence de penser les modalités mêmes de notre activité. Ce faisant, elles peuvent ressembler plus à Zeus porteur de foudre qu’à Athéna porteuse d’intelligence. Elles deviennent alors parfois des alibis managériaux (volontiers invoqués en légitimation d’entreprises hasardeuses), et parfois des contraintes vécues comme extérieures à la fonction bibliothécaire.

Poser les politiques publiques dans le champ professionnel ?
Tous les discours n’entretiennent pas cette ambiguïté, loin de là. Mais j’aimerais qu’on insiste toujours sur le contexte de ces impératives et fondatrices  “politiques publiques” :
  • la bibliothèque, quelle que soit son ambition diachronique, existe ici et maintenant. Cette affirmation ne signifie nullement que seuls comptent l’ici et maintenant, mais que toutes les convictions culturelles et éducatives des bibliothécaires doivent s’incarner modestement dans un ici et maintenant, en accepter les règles, en rechercher les meilleures modalités, et n’oublier jamais qu’ils ne sont qu’un moment dans l’histoire de la société qu’ils servent (ce qui est sans doute le plus difficile : il est toujours frustrant de s’imaginer attelé à semer des graines… que d’autres récolteront peut-être).
  • L’injonction globalisante des “politiques publiques” ne doit pas faire illusion. Dans le mille-feuille des compétences dévolues aux diverses instances des pouvoirs publics (président d’université, maire, président de conseil général, et tutti quanti...), on peut relever qu’il n’existe pas ‘une’ politique publique, mais une quantité d’injonctions plus ou moins prescriptives. Par exemple, la même municipalité choisira de faire porter son effort vers la socialisation des personnes âgées, mais sans oublier la petite enfance et la légitime disponibilité due aux citoyens contraints par leur activité professionnelle. Une politique publique, vraiment ? Tout au plus un conglomérat de micro-politiques publiques conciliant la réalité multiforme de demandes sociales avec un tricotage de projets et processus variés tentant de répondre à ces besoins. Il ferait beau voir qu’un bibliothécaire, répondant activement à une volonté politique de service aux personnes âgées, en déduise qu’il peut impunément délaisser totalement la petite enfance !! Ce serait dangereusement cantonner la bibliothèque à un segment opérationnel et à celui-là seulement, lui interdisant implicitement de s’aventurer vers d’autres priorités elles aussi  politiques.
  • Les bibliothécaires participent activement à la définition des politiques publiques.  Il serait erroné de penser que les politiques publiques s’élaborent extérieurement à la bibliothèque. Ce sera le cas si elle n’est pas force d’action positive et n’intervient pas dans le grand ballet qui permet d’ébaucher l’appareil opératoire collectif qu’on appellera ensuite “politiques publiques”. Il est important de se battre pour faire valider les points cruciaux améliorant le ‘vivre ensemble’ et légitimant la confiance apportée aux institutions publiques par les populations qu’elles servent (c’est-à-dire, tout bonnement, l’intention de ces fameuses politiques publiques).
Et dans ces conditions les politiques publiques deviennent bien centrales.
Enfin, je crois….