| L'avenir de l'écriture est souvent dépeint de manière aussi sombre que celui de la lecture. L'éditorialiste Anne Trubek pronostiquait il y a quelque temps, pour Miller-McCune la fin de l'écriture manuelle, malgré tous ses avantages cognitifs, puisqu'elle permet de mêler le geste à la pensée... Avouant que nous ne l'utiliserons peut-être que pour l'apprendre avant de la désapprendre. L'écriture se transforme par l'utilisation de nos claviers, de nos dalles tactiles et de nos logiciels, comme l'explique très bien François Bon dans Après le livre. Comment les nouvelles technologies impactent ce que produisent les auteurs et ce que produisent les machines (pour autant que les deux parviennent à travailler de concert) ? Et comment à l'avenir nos modes d'écritures vont être bouleversés par des machines toujours plus intégrées ? Microsoft Research et le Royal College of Arts (RCA) de Londres ont produit cet été une autre approche de cet avenir en invitant plusieurs artistes à donner leur vision de l'avenir de l'écriture. Comment l'auteur va-t-il être appelé à se transformer avec l'arrivée de nouvelles pratiques et de nouvelles technologies ? L'avenir de l'écriture consiste en 5 explorations artistiques conduites sous la direction d'Anthony Dunne à la tête des programmes de design d'interaction du RCA et de Richard Banks, Alex Taylor et Tim Regan du groupe de recherche sur les systèmes socionumériques de Microsoft Research à Cambridge. Ces explorations ont pour objet de stimuler la discussion et le débat autour de l'évolution de nos outils de lecture et d'écriture. Les projets sont surtout disponibles sous forme de .pdf - ce qui n'est peut-être pas techniquement la meilleure façon de répondre à la question. L'intelligence artificielle peut-elle aider à créer des histoires ? The Infinite Adventure Machine (prototype 01) from David Benqué on Vimeo. Comme le confie David Benqué : l'avenir de la créativité pourrait demain plus reposer sur la création d'un système, un monde, dans lequel les "lecteurs" sont immergés et qu'ils explorent en fonction des règles que vous avez définies. Les aspects mystérieux et poétiques du récit, ce qui les rend si utiles pour nous, échappent à la programmation. Ainsi, même si les travaux de Propp sont fascinants, je voulais que les gens à s'interrogent sur ce que signifie la réduction des histoires à un système. Le projet de David Benqué était présenté à l'exposition Glitch Fiction du Paris Design Week de septembre 2011. Déchiffrer les histoires pour déchiffrer la société Bien sûr, Happily Ever After in the Big Society, le projet des deux artistes, est un projet critique. Critique de la Big Society de David Cameron comme de l'hyperculture de masse hollywoodienne, celle qui se termine toujours bien, qui promeut sempiternellement les mêmes valeurs de société... tant et si bien que nous finissons certainement par nous y conformer. Le script des deux auteurs autour de l'analyse de Blanche-Neige est d'ailleurs un exercice plutôt savoureux qui s'amuse à regarder le conte par ses enjeux de société : comment Blanche-Neige, mise en péril dans sa famille dysfonctionnelle est conduite à l'itinérance et à devenir une sans-abri abandonnée par le système, avant d'arriver à dépasser ses points faibles en identifiant les compétences capables d'aider d'autres personnes en difficulté sociale (les 7 nains...). Augmenter notre dialogue intérieur En cela, il paraît l'exact contraire de Facebook. Cogitos est le lieu de l'intimité, du repli sur soi, du dialogue intérieur et personnel, alors que Facebook (et encore plus avec la fonctionnalité de "partage sans friction" qui s'annonce) est le lieu de l'ultrasociabilité, et ce, encore plus quand votre profil va partager automatiquement ce que vous écoutez, lisez ou regardez. Alors que jusqu'à présent il fallait faire appel à un processus manuel pour ce faire (appuyer sur un bouton Like, Share ou autre), à l'avenir, la publication sera automatique. Une automatisation de nos décisions qui n'est d'ailleurs pas sans poser débat : allons-nous vers une surveillance silencieuse totale, comme s'en alarme Adrian Short ? Est-ce la fin du partage ? Ou allons-nous vers un monde de services toujours un peu plus à votre service ? Pour Adam Daugelli, Facebook n'a toujours pas compris la différence entre la surveillance et la diffusion... Développer de nouveaux signes et symboles S'écrire soi-même Un peu à la manière de ce qu'explique l'artiste américaine Laurie Frick de son travail à partir de données personnelles (voir L'art de la mesure) : serons-nous obnubilés par notre propre écriture de soi ? Nous voulons des machines qui se souviennent de là où nous n'étions pas, expliquent les auteurs. Nous voulons des machines qui puissent lire notre futur comme quand nous tapons les premières lettres d'un mot dans Google. Peut-être même voulons-nous des machines qui écrivent à notre place les phrases que les autres cherchent pour nous... Bien sûr, ces propositions artistiques ne sont que des formes d'excursions dans ce que pourrait être l'avenir de l'écriture. Mais elles posent quelques questions fortes sur comment le numérique recompose notre matériel en tant qu'auteur qu'écrivain. Et ce n'est pas fini ! from LaFeuille http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2011/12/01/comment-ecrirons-nous-demain/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+lafeuillerss+%28lafeuille%29#xtor=RSS-32280322 | |||
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